Natural
Born Graffer

Written by Claire, 6 années ago, 1 Comment


Photos : Philippe Bonan

Mode2, Spraycan artist complet (personnages et lettrages) est un géant du graffiti ‘old school’, déjà tout petit il était grand, et comme un autre géant, il n’avait pas besoin de potion magique, il est tombé dedans quand il était petit, et déjà grand. Empreint de Hip Hop de danse et de Graffiti il est l’un des piliers du mouvement et a contribuer à en faire ce qu’il est aujourd’hui.
Son approche est celle d’un membre fondateur en Europe qui a vécu à 200% le mouvement comme un tsunami qui emportait tout sur son passage venant hydrater la scène culturelle actuelle telle qu’on la connait.

Note de la Redac’chef

Cet Article est pour une fois sous forme mixe de dossier et d’interview, pour conserver la teneur des mots utilisés par Mode2 et y partager les références à voir, afin d’étayer ses propos.
Bonheur immense et justifié, de présenter le portrait de Mode2, issu d’un travail collaboratif de fond depuis de plus d’un an entre Py de la galerie lissue, Philippe Bonan pour les photos et moi même pour la rédaction, en signant cet article il me parait nécessaire d’en spécifier les acteurs.

Évènement culturel de taille aussi bien que ‘religieux’, tant Mode2 a contribuer par ses travaux à faire ce que je suis aujourd’hui au niveau créatif.

Comment est ce que tu commences à graffer ?

J’ai commencé à m’intéresser à la bombe de peinture le jour où j’avais compris comment Dondi faisait son tour de magie, dans le clip « Buffalo Gals ».

Je me fabriquais des petits livres déjà quand j’avais onze-douze ans, dans lesquels j’écrivais des passages du Seigneur Des Anneaux, au Bic, le plus minuscule possible. Je m’intéressais au lettrage en partant du logo de Tom & Jerry, des livres qu’écrivaient les moines dans les monastères, de ce sale parfum américain « Charlie », et ainsi de suite.

Les premières écoutes de « Space Cowboy » par Jonzun Crew en ’83, après Rocksteady Crew, ou le poste de radio « Duck-Rock » ont fait partie de mon initiation au Hip Hop, et à la scène Londonienne de Covent Garden plus précisément. J’avais vu Scribla danser là-bas à l’automne de ’83, et nous nous sommes dit, mon frère et moi, que nous reviendrions à cette endroit magique… Là où l’été suivante j’ai commencé à manier la bombe.

Tu étais adolescent au milieu des années 80 …

…baigné par des révolutions musicales, Quelle est l’empreinte de la culture de la scène londonienne sur toi ? avec quels groupes ?

Covent Garden était l’épicentre de tout; un endroit au centre géographique de Londres, ceux qui réduisait pour tout ceux à la périphérie le trajet par moitié. Nous venions d’autant d’endroits différents que de milieux différents, chacun ramenant un peu de lui-même ou d’elle-même dans le mix, et s’exprimant sur les fonds de rap (quand le mot rap avait encore un sens positif), d’electro, et de Go-Go de Washington DC.

Je suis arrivé à Londres en ’76, à l’age de huit ans, juste après l’explosion du punk, et me trouvais pris entre marteau et enclume; punk d’un côté et dub de l’autre. Pas besoin ‘aller chercher trop loin, car certains de nos voisins, dans ce quartier de Lewisham, organisaient des « blues parties », assez souvent même. Jusqu’au petit matin, nos fenêtres vibraient en cadence avec la musique. Sinon, de temps en temps, nous entendions de loin les aigus, puis les graves, dans les voitures qui avaient déjà des booming systems; une décennie et demie avant LL Cool J.

Moi, je squattais devant la radio, où j’écoutais tout ce qui passait comme musique dans le top 50 sur Radio One. Sinon il y avait aussi Top Of The Pops, tout les Jeudi soirs, puis The Old Grey Whistle Test, ou même The Tube. Avant Stock, Aitken & Waterman, et toutes les merdes qu’ils ont sorti, il y avait des vrais groupes, pour la grosse majorité; et pas juste les hits programmés.

En partant de Kate Bush, à Blondie, à Sham 69, The Stranglers, The Damned, aux Angelic Upstarts, à Selector, The Specials, Aswad, Dennis Brown, Chaka Khan, A Taste Of Honey, Herbie Hancock; tout ceci tissait mon univers sonore, à côté des Led Zeppelin, Deep Purple, Rush et autres qu’écoutaient mon grand frère.

Les nouveaux sons ramenés par le Hip Hop en général éclipsaient quand-même tout ça, car nous nous trouvions d’un coup dans une culture ou ce mélange de musiques était complété par la danse, les premiers tags que je voyais, ainsi que les premiers qui prenaient le micro.

Et avec quelles références marquantes

en termes de BD, de Films, de jeux ?

En BD, 2000AD menait la baraque, hebdomadaire, avec une demi-douzaine d’histoires illustrées en cours. Mike McMahon, Carlos Ezquerra, et Ian Gibson me viennent à la tête comme dessinateurs, Cam Kennedy avec les VC’s aussi. Plus tard viendrait Warrior Comics, pas loin de chez moi, à New Cross, ou on trouvais la V.O. de V for Vendetta, ou sinon les couvertures ou affiches centrales de Mick Austin.
Mike Mc Mahon

Carlos Ezquerra

Ian Gibson

Je commençais aussi à me pencher sur Heavy Metal, version américaine de Métal Hurlant, où on trouvait Den de Richard Corben, Zora de Fernando Fernandez, ou les couvs’ à l’aéro de Chris Achilleos; à côté des traductions des Crepax, Caza, Moebius ainsi que a plupart de ceux qui figuraient déjà dans Métal Hurlant.
Fernando Fernandez

Il y avait aussi Epic Comix, où on trouvait Idyl de Jeffrey Jones (qui nous a quitté le 19 Mai 2011), Cholly & Flytrap de Art Suydam, et même Elektra Assassin de Bill Sienkiewicz.

Jeffrey Jones

En regardant bien, vous allez voir que tout ceci m’avait beaucoup inspiré et influencé au bon moment de mon adolescence. Je suis heureux d’avoir vécu à cette époque charnière, avant l’arrivée du numérique, où on voyait bien le travail du crayon, de la plume, des pinceaux, et de l’aérographe. C’était un univers super-riche…

En film, je peux admettre que je n’allais pas beaucoup au cinéma, mais je ne pourrais pas nié que La Guerre Des Étoiles a été un tournant décisif dans tout ce qui se disait science-fiction. Rien ne serait plus comme avant, après ça. Il n’y a eu pour moi que Ridley Scott avec Blade Runner et Alien, pour monter au même niveau, en ce qui concerne la définition d’un nouveau genre; même si en faite le scenario du premier « Star Wars » étaient vraiment pas crédible.

La sortie de Seigneur Des Anneaux en dessin animé, de Ralph Bakshi, avait aussi eu une énorme influence sur moi; par laquelle j’ai pris un virement vers l’héroïque-fantaisie, plusieurs lectures du livre-même, les jeux de rôle comme « Advanced Dungeons & Dragons », ainsi que la collection et la peinture des figurines en plomb. Le meilleur sculpteur de cette époque-là, sans aucun doute, était « Tornado » Tom Meier chez Ral Partha.

Voici plus ou moins ce qui se passait chez moi avant l’arrivée de Hip Hop. Je ne m’ennuyais pas, ça c’est sûr; mais ce qui allait tout balayer était cette tempête de son et d’images de l’été ’84.

Tu grandis avec l’arrivée de la culture Hip Hop …

… et Graffiti en Europe, Comment sont elles perçues dans ce contexte par les londoniens ?

Les Londoniens restaient à Londres, « chez eux », prenant même la tête au jeunes qui venaient de pas si loin que ça; mais là je parle plutôt de la communauté autour de Covent Garden. C’était très compétitif déjà là-dedans, donc peut-être aussi très intimidant pour ceux qui venaient de l’extérieur. Nous ne regardions que New York et la West Coast; l’Europe ne nous intéressait pas vraiment.

C’est Bando qui est venu dans un premier temps, avec Colt, Solo, Scam et Jaïd. Dee Nasty et Kamel venaient acheter des disques aussi.
Mais après mon premier saut à Paris fin Mai ’85, j’ai commencé à bouger un peu plus loin; me tapant Copenhague et Stockholm en ’86 déjà. C’était marrant de voyager à cette époque-là, avant que l’industrie de la musique prenne trop d’influence sur l’évolution de la culture; savourant et partageant les différentes interprétations de ce mouvement que chacun vivait, riches par leur diversité et leur spontanéité.

Cette époque m’a appris beaucoup par rapport à la culture en général, ce qui l’influence, ce qui l’aide à progresser et évoluer, comme ce qui pourrait la mener à une stagnation ou même un déclin.

Que représentent elles ?

et quelles sont leurs valeurs ? leur(s) code(s) ?

Nos valeurs se basaient sur nos capacités artistiques à nous exprimer, à essayer de faire du nouveau, du différent de l’autre, de l’original, pour enfin en devenir le « meilleur » dans telle ou telle discipline; tout ceci en faisant référence à ceux qui sont venus avant nous. Donner des « props » à nos influences et nos samples faisait partie du jeu.

Nous étions trop occupés à nous exprimer, ne nous posant pas de questions sur notre style, pensant à chacun que nous étions au top. En suivant cette ligne assez clairement définie, nous arrivions à des nouveaux sommets, dans l’abondance et la richesse des échanges qui partaient dans toutes les directions.

Au fur et à mesure que le crack commençait à influencer le système des valeurs aux États Unis, ainsi que les textes et musiques, le moins la danse arrivait à garder sa place, car le rap prenait le dessus sur le Hip Hop, les chaines en or se sont multipliées, et tes phases de danse ou le nombre de tags que t’avais fait sont devenu que des accessoires à la musique; peut-être comme ça s’est plus ou moins passé en général avec tout les autres mouvances culturelles du 20e siècle qui nous précédaient.

Les Anges de Chrome – TCA

Comment rentres tu dans le crew des Mythiques The Chrome AngelZ ?

L’idée du crew « The Chrome Angelz » est la mienne; la recherche de réunir en un seul groupe ceux qui étaient les plus innovateurs et faisaient preuve d’originalité sur Londres. Nous nous connaissions déjà depuis presqu’un an, Scribla et moi se rejoignant à Zaki, Zerox, et Eskimo; et Pride qui peignaient tout seul de son côté. Le groupe a été formé lors d’un jam au Shaw Theatre s’appelant « The Rapattack », en Avril ’85.

Entre Scribla, Zaki, Pride, et moi-même s’installait alors une collaboration plus étroite, où chacun s’inspirait des autres, mais en sortait avec quelque-chose de nouveau à son tour; la reproduction du déjà existant n’étant pas à la priorité du jour. Au niveau style, je dirais que Zerox et Eskimo n’allait pas suivre cette nouvelle direction, donc petit à petit, l’un puis l’autre ont été exclu ou se sont exclu eux-mêmes du groupe.

J’étais le plus jeune à l’age de 17 ans déjà, donc il y avait une ambiance peut-être plus mure et posée que chez des plus jeunes de l’époque. Nous avions chacun nos personnalités déjà et nous cherchions plutôt à définir et élargir la palette de style du « graffiti » à notre sauce à nous; au lieu de se concentrer purement dans une logique de peinture illégale. Partager nos connaissances pour progresser plus rapidement était ce qui nous réunissait.

Couverture de Spraycan Art Paru en 1987 par Henri Chalfant & James Prigoff, ce livre officialise le graffiti à travers le monde, c’est le premier livre qui sort sur le sujet, le personnage de couverture est de Mode2

Rencontre avec Bando

Ta signature est souvent associée à celle de Bando, quelle était la nature de votre collaboration ?

Bando était venu à Londres pour nous trouver et nous défier, comme était la coutume à l’époque; mais à cet automne de ’84 ils ne nous a pas trouvé. Mais Zaki avait eu son téléphone, ou il avait celui d’un des notre. Il est revenu au printemps de ’85, nous l’avons rencontré, Scribla et moi, et nous avons tout de suite décider que l’union fait la force, comme avec les TCA, donc nous l’avons inclut dans notre groupe, avec Steph/Deen/Colt, et les TCA de Londres ont commencé à marquer Bomb Squad 2; le crew de Bando.
Bando trouvait nos lettrages stylés, comme nous les siens, donc cette philosophie du partage de style s’est développé un peu plus loin. J’étais souvent responsables pour les personnages sur ce que nous peignons ensemble, mais j’ai pas mal de fois fait les dessins de lettrage que Bando a peint sur les murs, donc ça partait vraiment dans tout les sens.

Comment est née la Crew des CTK ?

CTK a été le moment où Bando a décidé de faire ménage dans Bomb Squad 2, à un point où il n’y avait plus que Steph et lui, et nous avions fait fusion officielle avec TCA; Scribla, Zaki, Pride et moi de l’autre côté. Nous restions TCA à nous 6, mais à CTK s’est rajouter Shoe, puis d’autres nouveau membres d’Amsterdam, comme Delta et Angel; puis JonOne et Clue 2 à New York. Tout ça se passe entre Juillet et la fin de l’année ’85, car nous avions rencontré Shoe, Jan et Jaz sur les quais de la Seine, face à la Gare d’Orsay désaffectée, vers la fin Juillet ’85.

De covent’s Garden au terrain de la Chapelle

Pourquoi quitter Londres pour Paris, qu’est ce qui change entre les 2 capitales à cette période ?

J’ai eu un travail chez Pierre Buffin, quand il avait, avec Henri Seydoux, une petite boite de CAO : BSCA. J’ai commencé chez eux courant Avril ’87, après avoir fait l’escalier chez Radio Nova, avec Steph, La Force Alphabétique et les BBC.

Tandis que Londres avait déjà vécu la fin du Hip Hop à la sauce ’84 – ’85, s’est tapé la House de Chicago fin ’86, et donnait dans la Rare Groove, Paris, où beaucoup ne comprenaient pas les textes de rap américain, profitait pleinement de ce qui allait être « l’age d’or » du Hip Hop, pendant que l’Angleterre sombre dan l’époque Rave et Acid House, suite au Summer Of Love de l’été ’87.

J’étais content d’être à Paris à cette époque-là, où nous allions au Studio A, au Saint le Dimanche, au Palace et aux Bains Douches, quand c’était encore marrant d’y aller. Serge Kruger faisait plus tard le Bataclan le Dimanche après-midi, puis Chez Roger Boite Funk (Le Globo) a démarré chaque Vendredi soir.
Le terrain de La Chapelle est devenu la capitale du style en Europe et le métro était plein de tags. C’était vraiment une époque à vivre, niveau Hip Hop, même si l’époque H.I.P-H.O.P. de Sidney Fresh était elle-même révolue, avec sa part de victimes…

C’était la sortie de « Bum Rush The Show », de Public Enemy, de « Criminal Minded » de Boogie Down Production, ainsi que beaucoup d’autres nouveautés au niveau Rap comme « It’s My Beat » de Sweet T & Jazzy Joyce, ou « B.A.D » de LL Cool J, que nous apprécions pleinement; tout en kiffant des morceaux de House comme « Let’s Get Brutal » de Nitro Deluxe. Mais nous avions eu la chance de ne pas subir la vague Rave qui avait repoussé la scène Hip Hop britannique vers l’underground; rendant la vie difficile pour les MCs et les producteurs de musique.

Character Writer

Dans tes travaux on retrouve essentiellement des fresques de personnages, D’où te vient cette préférence ?

Je dessinais déjà depuis tout petit, mais, même si le lettrage m’intéressait autant que pour les autres writers, j’avais presque à chaque fois la « corvée » de mettre les personnages autours de nos productions de l’époque. Quand nous sortions ensembles, nous travaillions en équipe, chacun avec cahier des charges précis; pour un résultat à la finale qui serait bien pour le crew, au lieu de chacun sa gueule.

À cause de ma capacités à dessiner des personnages, ceci m’a valu la chance de pouvoir chopper plus de plans payés que d’autres, car je pouvais assurer lettrages, personnages, et fonds de décor; un seul « peintre » à payer et à gérer, tandis que moi je pouvais élever mon cachet.

Depuis mon départ de BSCA en fin d’été de ’87, j’avais passé ma phase de galères, puis, petit à petit, j’ai commencé à me diversifier dans les plans, assumant la capacité de travailler sur presque tout support visuel.

From Street …

Comment es tu passé de la peinture dans la rue aux galeries ?

Nous avions commencé en ’84 déjà à faire des fonds de décore pour des performances, ou sinon des bannières pour des festivals et ainsi de suite. En décembre ’85, nous avions déjà organisé notre première exposition ensemble, en tant que TCA, pour Freestyle ’85, qui se passait à Covent Garden.

Par contre les expériences que j’avais fait à cette époque-là, m’ont persuadé qu’il ne fallait pas que je me mouille dans le circuit galeries; voyant comment ça se passait à Paris au début des années ’90. Sharp, Jon, et A-One étaient venus à Paris, un peu pour vivre cette mythique « vie d’artiste », comme les Picasso ou Modigliani des temps passés. Par contre, en regardant comment ils se sont fait pomper par beaucoup de parisiens qui voulait vivre la même chose à l’époque, je ne voulais pas me mêler à tout ça, par peur d’être mis dans le même sac avec les parisiens; n’étant pas moi-même de New York. Les expos de groupe s’enchainaient, les unes après les autres, mais moi je restais à l’écart; jusqu’au jour en été ’95 où Emmanuel de Buretel m’avait demandé d’organiser une exposition à l’Hippodrome de Longchamp, à l’occasion du concert « Voodoo Lounge » des Rolling Stones.

Avec l’aide de Sharp, j’avais réunit JayOne, Echo, JonOne, et A-One, produisant des toiles pour cette exposition de groupe qui a eu lieu dans les loges VIP de Virgin. Nous avions chacun prit quelques titres de l’album, pour en faire des interprétations visuelles; et j’en avais fait les miennes dans la maison de la famille Rohmer la nuit qui précédait le concert; quatre toiles à la suite. Organiser le matériel, et ménager les égos des peintre de New York m’avait consommé le reste de mon temps. Comme je l’ai déjà dit, il n’y avait que Sharp pour m’aider vraiment à ce moment-là.


« Stripped l’exposition », décembre 1995

À la suite de cette évènement, Emmanuel s’était arrangé avec Agnès B. pour en faire une vraie exposition à son QG, Rue Dieu, en Novembre ’95, pour la sortie de l’album « Stripped » des Rolling Stones; où nous serions rejoints par Futura, et il y aurait un budget de communication par lequel nous avions fait un catalogue de l’exposition, chez 360 Communication, où je travaillais avec Thibaut de Longeville et Alex Wise, avec Jeph Morelli comme photographe.

« Stripped » fut donc ma première « vrai » exposition, et petit à petit je me suis mis à participer à d’autres expositions par la suite. Je n’en faisait pas autant que les autres et, étant donnée que je n’ai jamais eu d’atelier, je n’avait pas l’habitude de sortir des toiles en amont d’une exposition; développant une mauvaise habitude de préparer toutes mes expositions suivantes à la dernière minute, travaillant sur le lieu de l’exposition une semaine à l’avance. Il y a beaucoup d’expo, jusqu’à récemment même, où les œuvres on été produites à la veille du vernissage.

Je faisais confiance à notre habilité particulière du Hip Hop à pouvoir produire des images dans des contraintes de temps qui seraient normalement impensables pour les expositions auxquelles je participais; mais à un moment il faut bien se l’admettre que d’avoir un atelier pour s’isoler et travailler dans un peu plus de sérénité nous permettrait de produire autres choses plus réfléchis, même si la spontanéité me reste quelque-chose de chère…

… to scene

Nous avions depuis toujours l’habitude de travailler en « live », des performances de quelques heures, d’une journée, ou pendant toute la durée d’un festival. J’ai une relation amour/haine avec les performances, car nous étions pendant la décennie 90s victimes de tout ces organisateurs de jams foireux; nous qui laissions derrière nous, après notre départ de telle ou telle ville, quelque-chose de durable, au bénéfice de tout le monde, au lieu d’un concert d’un soir.

Mais nous n’étions pas des groupes de musique Rap appartenant à une maison de disque, même si nous étions à la pointe dans notre discipline; donc pas payés à la hauteur de notre valeur, souvent logés dans des conditions spartanes; parfois même emmenés à peindre avec nos valises sur le trottoir. La plupart de ceux qui organisaient les jams n’étaient pas suffisemment calés ou conscients au niveau Hip Hop pour réfléchir un petit peu plus loin que l’immédiat, leur nez, et leur nombril; mélangeant torchons et serpillières en invitant une vingtaine à une cinquantaine de peintres de différents niveaux, « débutants » de six mois à côté de pionniers de la scène européenne.

Ces jams ont tué la notion d’une certaine hiérarchie qui existait dans le modèle original de New York, enlevant aussi au passage un certain sentiment de réussite pour celui ou celle qui arrive enfin à un certain niveau dans la culture, après des années de sacrifices.

En étant un des premiers à avoir commencé à Londres, en ’84, j’étais de facto déjà connu, n’ayant plus à chercher de me faire un nom; la sortie de Spraycan Art à l’automne de ’87 avait amplifié ce sentiment chez moi. Mais je n’oublirai jamais quand j’avais vu une peinture de Sharp en Janvier ’85 à Londres, Brim peindre avec des Marabu Buntlack à peine descendu de l’avion, ou de découvrir la première fois le pièce de Futura à Ladbroke Grove, cette été-là;

m’émerveillant devant leur niveau technique à des années lumière du mien, et me disant qu’un jour, après beaucoup d’effort et d’obstination, j’arriverais peut-être à leur chevilles… Ce genre de sentiment ou de réflexion ne tient plus de nos jours. Les fanzines ont permis aux jeunes de se mettre à pomper du style sans scrupules, ne citant plus leurs sources d’inspiration; et les magasin de bombes ont offert une palette de couleur beaucoup plus large, une multitude de capuchons spécialisés dans tel ou tel trait, et une acquisition beaucoup plus rapide de la technique qui n’existait pas auparavant; comme ce qui s’est passé pour les b-boys avec l’arrivée des caméscopes à petit budget, permettant de filmer les « grands » en plain action, pour plus tard décomposer leurs mouvements, menant une fois de plus à une progression rapide au niveau technique, mais avec moins d’originalité et moins de « soul » et de « flavour »…

Je fais rarement de performances live aujourd’hui, car la peinture elle-même me provoque des ennuis de santé; mon corps ne tolérant plus d’y être exposé autant qu’avant. Je m’énerve aussi contre toutes ces marques de bombes de peinture qui ne font que s’enrichir tandis que nous accumulons nos problèmes de santé.

Ghosts in The Hood

Y a t il d’autres artistes qui sont tes références ou qui ont ton coup de coeur ?

Phase 2, Kase 2, Doze Green, Futura, Dondi, T-Kid, Sonic Bad, Zephyr, Bando, Delta, Sabe de Copenhaque, Blu, Banksy, Jay One, et encore un paquet encore qui sont hélas beaucoup trop nombreux à mentionner ici comme ça.

En dehors des writers, je pourrais citer Da Vinci, Michaelangelo, Caravaggio, Hieronymus Bosch, les hollandais à la Van Eyck ou sinon Vermeer;
Sinon Delatour, Velazquez, ou plus tard les Pre-Raphaelites comme John Everett Millais ou Ford Madox Brown, neo-classicistes comme Alma Tadema, les Manet, Monet, Pissaro, Degas, puis Toulouse-Lautrec, Schiele, Klimt, Mucha, Modigliani, Picasso, Francis Bacon à Lucian Freud en passant par Hans Bellmer ou, plus récemment, Paula Rego. Là encore j’en oublie beaucoup, comme je pourrais oublier Rothko (que je ressens plus que je comprends) mais, quand je me mets à dessiner, c’est comme ci que j’avais les fantômes de tout ceux que j’admire au-dessus de mes épaules, là, tout juste derrière moi, qui regarde et qui critique en mal mes efforts d’être à la hauteur.

De nos jours j’ai kiffé les Paul Laurenzi, Lisa Yuskavage, Jenny Saville, John Currin, Kara Walker, Matt Greene, et encore d’autres. Parfois c’est juste une image d’un artiste, qui serait un déclic pour moi, et les liens ici ne sont pas vraiment représentatifs, mais juste pris à la hâte comme ça.

Est ce que Vaughn Bodé, a eut une influence sur toi ?

À mes débuts avec les bombes de peinture, je pensais qu’il fallait à tout prix dessiner des personnages de Vaughn Bode, car ça faisait partie du délire; mais sinon oui, il a fait partie de mon époque BDs aussi.

La question de Freddy Jay

Quelle est la part de la musique dans ton travail, y a t il des morceaux qui t’accompagnent quand tu créé ?

J’ai plusieurs jours de musique sur mon ordinateur, qui part dans beaucoup de directions. Prenez ceux que j’ai mentionné déjà, pour vous donner une idée de mes de mes influences avant le Hip Hop, et rajouter à ceci une bonne floppé de musiciens et chanteurs jusqu’à nos jours… Mes enceintes m’offrent un soutien sonore et musical essentiel à ma manière de peindre. Je suis triste quand je n’ai pas de place pour les glisser dans ma valise…

Mode2 était exposé à la Galerie Lissue avec

Who sold the soul ?

Reste au Sergeant Paper Art Store, quelques oeuvres originales (toiles et dessins) qui n’ont pas encore trouvé preneur.
L’ensemble de l’exposition dans ce diaporama réalisé par l’équipe de Sergeant Paper, dont voici un extrait :

Mode 2 sur le net

site web
flickr
facebook

Pour aller Plus loin

Je ne saurais que chaudement vous recommander de consacrer 20mn à ce formidable reportage de Julie Bonan.

About Claire

Je suis Directrice Artistique, Designer avec du gallon & de l’expérience formée dans les agences de publicités et de communication. Je me suis rodée aux méthodes marketing, à l’appel du ‘brief’, du ‘pitch’ et de la ‘reco’ dans ma spécialité media : Internet. ... Tout ça, pour laisser les yaourts et la lessive derrière moi et en revenir à 2 points essentiels, les créatifs et leurs talents, la créa, la vraie.